ON PARLE DE MOI
Intérieur intime
Aline Nixon a le don des portraits de femmes. Chacun d'eux nous touche, nous émeut, nous met en vertige devant une insondable profondeur.
Dans ce tableau, il semble que le regard de cette femme se perd, que les yeux s'égarent et divergent infiniment ; ce regard ne voit plus le monde alentour, mais il est tout entier tourné vers l'intime de l'intériorité. Ce visage de femme, si belle dans son élégance des "années folles", nous interpelle et retient notre attention : qu'y a-t-il dans l'esprit de cette élégante ? Elle considère sa propre vie, non en philosophe qui analyse, mais en femme qui écoute en elle une voix étouffée, qui éprouve soudain une confuse inquiétude devant une sorte de faille ou de fêlure, peut-être de tristesse ou d'amertume. Qui sait, peut-être un désaveu de choix hasardeux, d'illusions désormais comprises.
L'art d'Aline réussit à faire sentir que le visible du visage renvoie aux mystères de l'âme invisible. Notre oeil regarde, et nous croyons comprendre quelque chose du secret du personnage.
Peut-être que la prouesse de l'artiste consiste à saisir et montrer un de ces instants où la vie se réfugie toute dans la conscience intime. L'essentiel n'est plus dans le visible, il n'y a plus de visage public et social, mais une interrogation sur l'existence : celle du personnage, notre interrogation sur le secret de ce personnage, et sur notre propre secret qui bien souvent nous échappe.
Enfin - autre prouesse accomplie par Aline Nixon -, nous pouvons ressentir une sorte de gêne en regardant ce beau visage ennuagé de songes, comme si nous surprenions indûment cette femme dans sa plus radicale intimité, celle de son incertitude désemparée devant la vie. Livrée à nos regards, comme à son insu, nous avons soudain un trouble étrange, nous craignons presque de manquer de retenue, de pudeur, d'être spectateur indélicat... Un tableau qui nous pousse à voir, et qui pourtant pourrait nous faire baisser les yeux, pour regarder en nous-mêmes : c'est peut-être en cela une œuvre exceptionnelle...
Yvan Lebreton écrivain, photographe, "homme de plume" comme il aime se définir alliant l'art aux mots
© 2025 Aline Nixon
Au pied de l'éternité
C'est un peu comme si cette Madone était née pour rejoindre cette église, y regarder le ciel mais à hauteur d'Homme car l'être est le sacré des sacré c'est le souffle de la transcendance, la signature de la lumière et de de l'espérance
Les débuts d'Aline Nixon : L'art sur supports médicaux
Le parcours d'Aline Nixon est marqué par une grande résilience. En 2003, suite à une très lourde intervention chirurgicale, sa vie bascule et l'art devient son exutoire. Pour exorciser la maladie et entamer sa reconstruction, elle a eu l'idée audacieuse d'utiliser ce qui matérialisait sa souffrance comme premier support de création : ses propres radiographies et IRM.
Détourner l'imagerie médicale : Plutôt que de peindre sur des toiles blanches classiques, elle a utilisé ces films plastiques noirs et transparents de l'imagerie médicale. Ces clichés, qui montrent habituellement l'intérieur froid, anatomique et clinique du corps humain, ont été recouverts de ses premiers dessins.
Le sens de la démarche : En superposant des visages, des expressions et de la lumière (encre, pastel, grattages) sur l'ombre de ses propres os ou de ses organes, Aline Nixon a opéré une véritable métamorphose. Elle a redonné de la poésie, de la spiritualité et une "âme" là où la médecine ne voyait qu'une mécanique biologique blessée.
Lien avec son travail actuel : C'est précisément dans cette première démarche qu'est né son amour pour le clair-obscur. La radiographie impose par nature un fond sombre et des zones de transparence lumineuses. Même si elle travaille aujourd'hui principalement sur des papiers d'art vieillis, cette quête de faire jaillir la lumière et la vie du fond des ténèbres reste l'ADN absolu de ses "Portraits d'âme".
Smaïl Chertouk, écrivain.
